Focus sur les pervers en entreprise

 

Comment les détecter?

Comment s'en prémunir?


La perversité est à la mode.

Le nombre de femmes ayant identifié que finalement leur compagnon est un pervers, a explosé ces dernières années. De plus en plus, certains hommes s’interrogent également sur leur épouse…

Et ces supposés pervers sortent peu à peu de la sphère de la vie privée pour contaminer le monde de l’entreprise.

La chose peut se comprendre aisément…un homme pervers ne va pas changer sous prétexte qu’il est dans un cadre professionnel.

Comme pour le burn out, on peut se demander si le nombre de pervers est réellement en augmentation ou bien si c’est juste un phénomène qui est mieux connu et donc mieux identifié.

La question de savoir si notre contemporanéité engendre davantage de burn out ou de perversité a certainement son intérêt, cependant, l’objet de cet article est davantage à visée opérationnelle et son objectif est de proposer quelques repères pour identifier les vrais pervers en entreprise.

 

Quelques définitions

Dans l’acceptation commune du terme, un pervers est une personne qui aime faire du mal, nuire à autrui. Dans la réalité, en tout cas telle qu’elle a été étudiée et est toujours étudiée en psychopathologie, les choses sont un peu différentes….

Dans le DSM V, manuel de psychiatrie international, le pervers est défini comme une personnalité narcissique caractérisée par la surestimation par le sujet de sa valeur et de ses capacités, une grande susceptibilité aux critiques et aux désaccords des autres, vécus avec un sentiment de rage, de honte et d’humiliation. Les personnalités narcissiques projettent dans l’avenir des fantasmes de réussite, de pouvoir, de création exceptionnelle. Sollicitant toujours l’admiration des autres dont ils attendent la confirmation régulière de leur prééminence, ils sont dénués d’empathie, alors même qu’ils attendent tout des autres jusqu’à les exploiter pour leurs relations personnelles.

 

On pourra remarquer que cette définition n’est pas exempte de jugements de valeur…

 

Paul Claude Racamier en donne en 1986 une autre définition qui permet, me semble-t-il, de préciser les choses avec davantage de distance…Pour lui, la perversion narcissique est, chez un individu, une organisation durable caractérisée par la capacité à se mettre à l’abri des conflits internes et en particulier du deuil, en se faisant valoir au détriment d’un objet manipulé comme un ustensile ou un faire-valoir.

Voyons comment ces définitions peuvent apporter un éclairage sur le pervers en entreprise.

 

Le pervers en entreprise

 

Le pervers est pervers

Tout d’abord, la perversité fait partie des trois structures identifiées par Freud : La névrose, la psychose et la perversion. Et toujours d’après lui, « on ne devient pas pervers, on le demeure ».

La théorie psychanalytique freudienne implique que nous appartenions tous à une de ces trois structures, et cela pour toute la vie. Si quelqu’un a une structure perverse, cela ne changera donc jamais dans le temps.

 

Le pervers est charmant

Si votre boss ou votre employé est charmant, séduisant, enjôleur, cela peut être un signe. En effet, le pervers sait identifier le désir de l’autre, ce qui lui plait, pour y ressembler. Il est souvent qualifié de « caméléon ». La personnalité perverse est polymorphe, elle est capable de jouer sur des registres très différents et de passer de ce qui pourrait ressembler à de l’empathie, à la froideur la plus extrême.

 

Le pervers est dirigé

L’attitude du pervers va dépendre de la personne qu’il a en face de lui et qu’il aura choisi. Le pervers a besoin de faire des focus, il va tirer son excitation de la concentration qu’il va mettre sur une personne donnée. En entreprise, souvent, les harceleurs sont en fait des pervers.

 

Le pervers aime bien avoir un témoin

Ce n’est pas toujours le cas, mais très souvent le pervers aime bien avoir un regard externe posé sur ses actes, qui est comme un complice plus ou moins forcé de ses comportements.

 

Le pervers a une très haute idée de lui-même

En effet, c’est quelqu’un qui est réellement convaincu de sa suprématie, qu’elle soit d’ordre physique ou intellectuelle, le pervers pense réellement qu’il est un être supérieur et il a besoin d’un public permanent pour en attester. C’est pourquoi on trouve vraisemblablement une surreprésentation des pervers parmi les personnes à responsabilité dans l’entreprise (par rapport au reste de la population). Le pervers est très confiant en lui et en ses capacités, et il est vrai que cela amène parfois à de grandes réalisations. Le pervers a de l’audace et pas de scrupule.

 

Le pervers est intolérant à la frustration

La frustration est, pour le pervers, une remise en cause de son pouvoir et de sa puissance, c’est pourquoi elle est insupportable pour le pervers. Cela peut d’ailleurs pousser le pervers à atteindre des responsabilités importantes dans l’entreprise, ses responsabilités étant sensées lui donner davantage d’autonomie.

 

En psychanalyse, on dit que le pervers est dans le déni de la castration, c'est-à-dire qu’il ne peut pas renoncer à l’idée d’être tout puissant. Par rapport au fait de n’être pas tout puissant, il se dit « je sais bien, mais quand même. ».

 

Le pervers ne considère pas l’autre comme un sujet

C’est là, je pense, le premier trait caractéristique du pervers. Pour lui, l’autre est un objet, quelque chose de vide qu’il remplit, lui, de son désir. Ainsi, le pervers est le plus souvent incapable d’empathie, sauf pour lui-même. Mais un autre individu qu’il ne peut investir narcissiquement (c'est-à-dire qui n’est pas là pour le mettre, lui, en valeur) ne parviendra jamais à déclencher une empathie sincère. En revanche, le pervers peut être extrêmement en colère, ou à l’inverse, extrêmement passionné pour un collaborateur ou un patron tant que celui-ci est l’objet de son intérêt. Mais cet intérêt sera amené à changer et à se retourner facilement, car il n’est qu’un intérêt de façade, l’autre n’existe pas pour le pervers, et ne pourra jamais exister.

 

Comportements caractéristiques

 

  • Il se passionne pour une personne de façon presque exclusive, puis cet intérêt change du jour au lendemain : c’est le patron qui a toujours un chouchou du moment.
  • Il aime le duel, le combat en tête en tête qui lui permet de jouir de sa supériorité sur l’autre, de son emprise. Le face à face l’amusera davantage qu’une confrontation avec une entreprise, un groupe, une entité plus diffuse.
  • Il adore les règles établies, pour mieux pouvoir en jouer ou les détourner en sa faveur. Par rapport à la loi, il peut paraître très scrupuleux mais c’est pour lui un moyen d’avoir un défi à contourner pour pouvoir montrer là encore combien il est fort.
  • Il génère de l’angoisse autour de lui. Sans qu’on puisse bien savoir pourquoi, ce sont des personnalités qui mettent mal à l’aise autour d’elles, qui ne sont pas angoissées elles-mêmes mais projettent cette angoisse sur les autres.

 

Le pervers aime bien dominer et donc diriger, mais il n’est pas représenté qu’au sein des dirigeants de l’entreprise, on peut le retrouver dans toutes ses strates, de l’ouvrier non qualifié au dirigeant. Il peut être aussi bien un homme qu’une femme puisque les mécanismes de la perversion sont identiques.

 

Que faire face à un collaborateur ou un patron pervers ?

 

Le début de la réponse pourra paraître cynique mais on ne peut pas faire grand-chose face à un pervers, puisque celui-ci ne pourra jamais changer. La seule solution consiste donc à tenter de s’en protéger au maximum, puisqu’il n’y aura jamais d’issue positive dans des relations, fussent-elles professionnelles, avec un pervers.

Il convient, en particulier, de refuser de participer aux jeux psychologiques auxquelles ces personnalités voudraient nous faire jouer.

Les jeux psychologiques sont un concept issu de l’analyse transactionnelle (Eric Berne) pour désigner le fait que des individus nous invitent, de façon consciente ou non, à jouer à des jeux psychologiques dont l’issue ne peut être favorable.

Parmi les jeux préférés du pervers, nous pouvons citer les suivants :

  • Ce n’est pas moi c’est vous qui êtes pervers
  • Je suis la victime, vous êtes le bourreau, ou je suis une victime, venez me sauver
  • Attrape-moi si tu peux (montre-moi que tu es assez malin pour pouvoir me coincer).

 

En conclusion, il me semble utile de savoir détecter qui sont les vrais pervers en entreprise plutôt que de coller des étiquettes de pervers sur toutes les personnes au comportements nocifs. N’est pas pervers qui veut !

Les pervers sont dangereux, et sont parfois confondus avec les harceleurs, ce qu’ils peuvent être, sous deux modalités : prétendre en permanence qu’ils sont harcelés, ou harceler eux-mêmes.

Dans tous les cas de figure, le pervers laisse une sensation d’effroi et d’angoisse autour de lui, qui fait que l’évitement du pervers est la meilleure attitude à adopter, quand c’est possible…. Si vous êtes contraint de travailler avec un pervers, restez toujours dans un cadre strictement professionnel avec lui. Soyez vigilant en permanence, et alertez-vous dès que vous commencez à vous sentir angoissé, c’est l’indicateur que vous commencez à être sous emprise….

 

 

 

Parents pervers, relations perverses ?

 

Je constate dans ma pratique que 80 % de mes patients qui sont pris dans des relations perverses ont eu au moins un de leur parent pervers.

Ce fait n’a jamais été documenté scientifiquement, et je doute qu’il puisse l’être un jour : comment mesurer sur un échantillon concluant qu’une personne dont il est clairement établi qu’elle est en lien avec une personnalité perverse (chose déjà impossible) avait bien réellement un parent pervers (ce qui nécessiterait un interrogatoire clinique approfondi du parent ) ? Cependant, cette forte corrélation jette un éclairage utile pour aider les personnes à comprendre ce qui se joue pour elle, lorsqu’elles sont dans des relations d’emprise.

Lorsqu’une de mes patientes, par exemple, s’interroge sur sa relation sentimentale et se demande si son compagnon ne souffre pas d’un manque absolu d’empathie et exerce une certaine forme de domination, j’enquête systématiquement sur les parents, et suis rarement détrompée.

Pour devenir la proie d’un pervers, il faut, mais pas toujours, avoir une faille ouverte en soi, et cette faille date souvent de l’enfance.

Avant de développer ce point, revenons sur la définition de la perversion.

 

 

Qu’est-ce qu’une personnalité perverse ?

 

Dans l’acceptation commune du terme, un pervers est une personne qui aime faire du mal, nuire à autrui. Dans la réalité, en tout cas telle qu’elle a été étudiée et est toujours étudiée en psychopathologie, les choses sont un peu différentes….

Dans le DSM V, manuel de psychiatrie international, le pervers est défini comme une personnalité narcissique caractérisée par la surestimation par le sujet de sa valeur et de ses capacités, une grande susceptibilité aux critiques, vécues avec un sentiment de rage, de honte et d’humiliation. Les personnalités narcissiques projettent sur leur avenir des fantasmes de réussite, de pouvoir, de création exceptionnelle. Sollicitant toujours l’admiration des autres dont ils attendent la confirmation régulière de leur prééminence, ils sont dénués d’empathie, alors même qu’ils attendent tout des autres jusqu’à les exploiter pour leurs relations personnelles.

 

On pourra remarquer que cette définition n’est pas exempte de jugements de valeur…

 

Paul Claude Racamier en donne en 1986 une autre définition qui permet, me semble-t-il, de préciser les choses avec davantage de distance…Pour lui, la perversion narcissique est, chez un individu, une organisation durable (qui ne changera pas dans le temps) caractérisée par la capacité à se mettre à l’abri des conflits internes et en particulier du deuil, en se faisant valoir au détriment d’un objet manipulé comme un ustensile ou un faire-valoir.

 

3 signes caractéristiques

 

En gros, 3 éléments sont clés pour identifier une personnalité perverse :

 

  • L’absence d’empathie

La personnalité sait parfaitement feindre l’empathie, mais elle n’éprouvera jamais réellement d’empathie.

C’est là, je pense, le premier trait caractéristique du pervers. Pour lui, l’autre est un objet, quelque chose de vide qu’il remplit, lui, de son désir. C’est pourquoi le pervers est le plus souvent incapable d’empathie, sauf pour lui-même. Mais un autre individu qu’il ne peut investir narcissiquement (c'est-à-dire qui n’est pas là pour le mettre, lui, en valeur) ne parviendra jamais à déclencher chez lui une empathie sincère.

 

  • L’intolérance à la frustration

La frustration est, pour le pervers, une remise en cause de son pouvoir et de sa puissance, c’est pourquoi elle est insupportable. De même, perdre contre son gré un objet qu’il a investi (une personne) est impossible, et il préfèrera la briser que la laisser partir, même s’il l’a désinvestie, c’est-à-dire même s’il ne lui portait plus réellement d’intérêt. Il est très difficile d’imposer sa volonté à une personnalité perverse.

 

  • L’absence de conflit moral

Il ne se remettra jamais sincèrement en question, ne se demandera jamais si il a bien agi, blessé l’autre, été maladroit…Le doute ne l’habite pas, sauf quand il s’agit de bien mesurer l’étendue de sa puissance : là, il en veut toujours plus, et doute toujours de ne pas en avoir assez.

 

 

Profil du parent pervers

 

Ces quelques définitions éclairent ce que peut être un parent pervers : il n’est au fond préoccupé que de lui-même et voit ses enfants, dans le meilleur cas, comme des extensions narcissiques de sa personne, mais ils n’existent pas en tant que tels comme des êtres autonomes : ce sont des objets.

L’enfant peut paraitre survalorisé, hyper investi, mais il n’est jamais vu vraiment pour lui-même.

Cela crée chez lui, dés tout petit, un besoin viscéral d’être vu, reconnu pour ce qu’il est, mais cela n’arrivera jamais.

Très souvent, cela produit des enfants parfaits, car ils ont le fantasme que s’ils sont en tout point conformes aux projections du parent pervers, ils seront enfin vus : ils deviennent premiers de classe, compétiteurs sportifs, très vite adultes…mais cette course est sans fin, ils ne seront jamais aimés pour ce qu’ils sont, car cela n’existe pas. S’ils s’opposent au parent pervers, ils seront punis ou exclus, car ils doivent rester à la place de l’objet parfait, la rébellion est impossible. Souvent, ils comprennent que s’ils ne se soumettent pas, ils seront rejetés très vite, ce qui fait partie de l’emprise qu’ils subissent : se soumettre ou se démettre. Cela crée des liens d’attachements très insécurisants pour l’enfant ou l’adolescent, qui comprend que la relation la plus intime pour lui n’est pas solide et stable.

 

C’est le parent hyper sympa, qui promet mille choses et n’en fait pas une, qui fait « l’enchanteur » avec les enfants parce que cela le valorise mais manque tous les rendez-vous importants pour l’enfant.

C’est le parent qui dénigre, compare, souffle le chaud et le froid, et dont on sait qu’il peut vous rayer de la carte ou vous oublier dès que cela l’arrange.

C’est le parent qui fait des préférences changeantes dans la fratrie, il investit et désinvestit au gré de ses intérêts, et provoque de la compétition entre ses enfants pour rester maitre du jeu.

C’est le parent qui expose sa vie intime, de façon plus ou moins explicite auprès de ses enfants. Celui qui se vante de ses conquêtes et traite son enfant comme un copain, sans respect de sa place d’enfant. C’est celui qui vous trouve parfait et ensuite tellement décevant.

La liste est infinie, et aucun de ces comportements ne signe en lui-même le fait que la personne est perverse, ce sont là de simples exemples de manifestations possibles d’une personnalité perverse.

 

 

Conséquences sur les relations sentimentales

 

Devenu adulte, ces enfants gardent le fantasme d’être, pour quelqu’un, enfin, l’objet parfait. Toute leur enfance, ils ont voulu être simplement « vus », ils tenteront de prendre leur revanche à l’âge adulte.

Ainsi, ils rechercheront des personnes qui auront une attraction forte et subite pour eux, et qui sembleront prêtes à tout, tout de suite, pour eux. Ils seront touchés de la violence de l’attachement que l’autre semble proposer, et de sa volonté absolue de les « vouloir » eux, ouvrant ainsi la voie à des relations de nouveaux perverses : ils sont encore mis à la place d’objet, et petit à petit, deviendront, pour le pervers qui les a investis, des objets moins parfaits, décevants, et revivront à nouveau le sentiment de pouvoir être « désinvestis » d’un instant à l’autre.

 

 

Que faire quand on est sensible aux relations perverses ?

 

La première difficulté est d’accepter, quand c’est le cas, qu’un des parents puisse avoir une personnalité perverse. En psychologie, on sait que toute la personnalité de l’enfant et ensuite de l’adulte tend à défendre les figures parentales qu’elle a eues, sur un plan conscient et inconscient. Admettre qu’un parent ait pu être défaillant relève donc presque de l’impossible pour beaucoup de gens. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils n’arrivent à pas à s’échapper de relations sentimentales perverses, car quelque part, ce serait invalider le comportement que leur propre parent a eu avec eux.

Ensuite, il convient de se donner à soi-même ce que l’on n’a pas reçu : un sentiment inconditionnel de sa valeur : à chacun de se traiter comme un être humain digne de respect et dont on doit prendre le plus grand soin, sans dépendre uniquement de la valeur conférée par le regard des autres. Programme difficile, mais c’est la seule voie permettant de prendre sa place dans la vie, et de pouvoir en jouir.

 

 

Cela me tenait à cœur de partager ma vision de cet enchainement de relations. J’ai décrit dans cet article des tendances, il est caricatural et rien n’est à prendre au pied de la lettre, c’est une tentative d’explication d’un schéma que j’ai pu observer parfois, chez certaines personnes : parents pervers, relations perverses, c’est « la double peine ». Parce qu’on a eu un parent pervers, on est plus à risque d’avoir, dans ses relations sentimentales, au moins une fois, une relation avec un profil pervers. C’est compliqué de se sortir de ce schéma, car il est nécessaire pour cela d’avoir une compréhension intime de ces mécanismes pour s’en défaire.

J’espère y avoir contribué.

 

 

 

 

 

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